Je suis née en 1974. J’ai grandi dans un pays qui avait légiféré sur l’avortement. Et pourtant.
Je pensais d’ailleurs qu’il était plus légitime de dire “interruption volontaire de grossesse” plutôt qu’avortement, mais je faisais erreur. En fait, on a posé le terme d’IVG parce que le mot avortement était trop “violent”, trop cru. Pourtant, c’est ce que nous faisons : nous avortons nos grossesses. Nous y mettons fin pour ne pas les mener à terme.
Moi, je veux avorter librement. Pas seulement de façon légale, mais librement.
Je n’ai pas besoin qu’un médecin m’autorise à avorter. Je n’ai pas besoin d’un laisser-passer, ni d’obstacles dressés en travers de ma route. J’ai juste besoin qu’on m’aide techniquement, de façon à ce que mon avortement ne blesse pas mon corps et ne le mette pas en danger.
Si la décision d’avorter me fait de la peine ou est difficile à gérer psychologiquement, selon mon ressenti, mon parcours et mon vécu autour de cette grossesse, j’aurai besoin d’un soutien psychologique. Je veux y avoir accès.
Mais je n’ai pas besoin d’être validée dans mon choix. Avorter est mon droit, et je n’autorise personne à me dire que ce droit m’impose tristesse ou culpabilité.
Et non, l’avortement n’est pas un échec de contraception : il est un élément parmi d’autres dans la maîtrise de la fécondité.
Alors non, le meilleur avortement n’est pas celui qu’on a pu prévenir. Le meilleur avortement est celui auquel on a accès facilement, sans être emmerdée avec des formalités inutiles et des tentatives de culpabilisation.
Oui, l’avortement doit être banalisé, puisqu’il est déjà banal, dans le sens le premier du terme. Il doit être considéré comme banal, afin que je sois libre d’avorter et de ressentir ce que je veux, libre de ne pas vouloir être mère, libre de refuser toutes les injonctions : celle d’une sexualité performante, d’une contraception sans faille, de la maternité sacralisée et de l’avortement coupable.
Non, je ne tolérerai pas qu’on me dise qu’il y a “des excès”. L’avortement de confort ? Mais oui, je le veux ! J’y ai droit !
J’avorterai avec le sourire ou en pleurant, si tel est mon ressenti. Je refuse qu’on m’impose la souffrance comme prix symbolique à payer pour le droit d’avorter.
Je veux donc avorter librement, banalement si tel est mon désir, et en toute sécurité. Je disposerai de mon corps et j’avorterai, n’en déplaise à une société qui refuse toujours et encore de renoncer à son emprise symbolique et concrète sur le corps des femmes.
Et oui, tout cela, je le veux aussi pour ma fille, plus tard. Pour qu’elle puisse, elle aussi, avorter sans honte, librement, banalement.
À lire : “Avorter : histoire des luttes et des conditions d’avortement des années 1960 à aujourd’hui“
