On nous répète qu’il faut libérer la parole des victimes de violences conjugales. Mais encore faudrait-il accepter cette parole telle qu’elle existe réellement : parfois tardive, souvent fragmentaire, mais surtout longtemps édulcorée, voire partiellement modifiée pour protéger les autres ou se protéger soi-même.
Il faudrait accepter aussi que subir des violences peut affecter nos comportements pendant qu’elles ont lieu — difficile, quand on vit dans la peur, l’humiliation et l’insécurité, de fonctionner de manière parfaitement calme, stable, cohérente et mesurée. Tu m’étonnes. Et puis ce serait un miracle que, dans la vie d’une femme, les violences conjugales viennent se calquer sur un parcours par ailleurs sans écueil ni obstacle, échec ou handicap. C’est rarement le cas : la vie étant ce qu’elle est, les violences conjugales arrivent souvent comme la cerise sur le gâteau et viennent tartiner une couche de merde supplémentaire sur des antécédents tels que des troubles anxieux, des traumas infantiles, des troubles neurodéveloppementaux souvent non diagnostiqués — coucou l’autisme, coucou le TDAH —, des bouleversements hormonaux ou d’autres difficultés qui affectent déjà la régulation émotionnelle et les capacités d’adaptation.
Il faudrait accepter, enfin, que vivre avec ces traumas et ces troubles marque profondément les femmes qui doivent les endurer et se battre contre eux chaque jour, juste pour fonctionner à peu près normalement, à peu près debout, et en ayant toujours et encore la force de prendre soin des autres et l’audace de vouloir être heureuses, quelle que soit l’idée qu’elles se font du bonheur. Vivre avec tout ça c’est une guerre sans fin, une guerre meurtrière contre soi-même. Et survivre à des violences conjugales, quand elles s’ajoutent à tout ça, ça impacte pendant, et ça laisse des séquelles après. Ces séquelles ne sont pas des excuses. Mais ce ne sont pas non plus des fautes. Ni les preuves d’un mauvais fonctionnement général.
Nous ne sommes pas irréprochables parce que nous avons été victimes, ou parce que nous souffrons de troubles anxieux, de stress post-traumatique ou de troubles neurodéveloppementaux. Nous pouvons blesser, nous tromper, devoir entendre des reproches, présenter des excuses et travailler ensuite à améliorer nos comportements. Comme tout le monde. Mais entre nous demander de répondre de nos actes, ce qui est légitime, et nous mettre en accusation en tant que personne, nous décrire comme des semi-affabulatrices ou des flemmardes relationnelles désinvoltes, il existe une frontière, qui s’appelle le respect. Le respect, et l’humilité d’accepter que vous ne savez pas tout de nous.
Et au lieu de stigmatiser le fait de n’avoir pas toujours parfaitement fonctionné, pendant les violences conjugales et après, il serait utile de prendre en compte le fait que nous y avons survécu. Nous ne demandons pas de médaille pour cela. Mais nous vous refuserons le droit de nous malmener pour soulager vos propres dissonances cognitives.
La libération de la parole ? Oui oui. Parlez, mais uniquement si vous parlez comme il faut
La parole des victimes de violences conjugales n’est considérée comme recevable que si elle remplit des conditions absurdes : il faudrait raconter immédiatement, complètement, toujours de la même manière, sans honte, sans contradictions apparentes, sans protéger personne, et surtout en étant exemplaire le plus vite possible, pour que personne ne voie que ce qu’on a subi nous impacte encore et que cet idéal consistant à “tourner la page” n’est pas exactement accessible, enfin pas totalement, pas tous les jours, pas tout de suite, et peut-être même jamais en fait.
On en revient donc toujours à l’image fantasmée de la “bonne” victime. La bonne victime, elle doit avoir survécu, raconter correctement, ne jamais modifier ce qu’elle raconte, ne pas trop en parler, mais ne pas avoir caché des choses non plus (parle maintenant ou tais-toi à jamais), être traumatisée parce que sinon ce n’était sans doute pas si grave, mais ne surtout pas avoir de comportements liés au trauma et, des années après, fonctionner comme quelqu’un à qui rien n’est arrivé.
En réalité, nous ne racontons pas tout. Et nous avons de bonnes raisons pour ça
Et là, je pense surtout à nos enfants. Même ados, même adultes. Sérieusement, quelle mère qui aime réellement ses gosses pourrait posément leur dire, même en choisissant ses mots, même en étant précautionneuse, des trucs qui diraient en substance : « Votre père me violait, me frappait, me traînait par les cheveux, me donnait des coups de pieds dans les côtes alors que j’étais roulée en boule par terre, me disait que j’étais une merde, une grosse vache, une tarée, et accessoirement il a détruit mon estime de moi et brisé ma carrière » ? Même en distillant les infos, c’est inenvisageable.
Et ça, ce n’est pas simplement avoir du mal à parler, même si c’est une partie des freins. C’est surtout choisir, en son âme et conscience, ce qu’on peut ou non faire porter aux autres, et particulièrement à ses enfants. Une parole partielle n’est pas une parole mensongère. Et une parole progressivement complétée, ou modifiée au fil des années, n’est pas une version qui change. C’est tout simplement, je vous le donne en mille : la libération de la parole telle qu’elle émerge dans la vraie vie. Ce n’est ni beau ni confortable, mais c’est ce que nous pouvons faire de mieux et souvent, c’est aussi ce qui a protégé nos proches, et principalement nos enfants.
Ca vaut pour les violences conjugales, mais ça vaut aussi pour tout ce qu’on ne dit pas des moments pénibles, humiliants ou tristes qui ont pu jalonner notre existence. Et ça relève également, en parallèle, de notre droit à la discrétion.
Cette parole fragmentée et parfois contredite, qu’elle relate des violences ou des conflits passés, s’applique souvent à tous nos proches : famille, amis, enfants, parents. On protège leur image de quelqu’un, leur équilibre, leur relative ignorance ; parfois on protège aussi sa propre dignité parce qu’on éprouve encore cette honte aberrante d’avoir été violentée par notre conjoint, ou malmenée dans d’autres relations, amicales ou professionnelles. Et quand on traverse plusieurs tempêtes, on aura plus encore le réflexe de parler peu, de parler mal ou pas du tout, car on se dit que si ça se reproduit, c’est que c’est peut-être nous le problème.
Et c’est là toute l’absurdité du système qu’on met en place pour se protéger et protéger ceux qu’on aime, enfants en tête : le mécanisme par lequel les victimes libèrent progressivement leur parole devient ensuite une pièce à charge contre elles.
« Et maintenant, arrête de te trouver des excuses. »
Si ça n’impactait pas les gens que j’aime, je me ficherais bien de ne pas être parfaite. Mais je ne veux pas faire de mal. À personne. Alors non seulement je reconnais mes défaillances, mais je travaille dur à les corriger, à devenir meilleure et je constate que cela fonctionne, puisqu’aujourd’hui je suis redevenue “apte” : je ne suis entourée que de gens que j’aime et qui m’aiment, mon quotidien est apaisé, et je ne produis littéralement qu’amour et bienveillance désintéressée. Alors j’accepte les reproches qu’on peut me faire et c’est normal. Je reconnais mes colères excessives passées, mes réactions inadéquates, la blessure que j’ai pu infliger, qu’on peut légitimement me reprocher et à cause de laquelle il est légitime d’attendre de moi que je fasse mieux.
Je présente des excuses sincères et j’ai beaucoup travaillé avec moi-même pour ne plus trébucher. Et quand j’explique à l’autre ce qui se passe en moi, c’est une marque de confiance, pas une justification, et encore moins une injonction à me pardonner et à tolérer mes défaillances. Je mets à disposition, je n’impose rien. Chacune de mes explications est une simple main tendue que personne n’est obligé d’attraper. J’accepte de la voir pendre dans le vide.
Ce qui n’est pas acceptable en revanche, c’est transformer l’explication de mon fonctionnement en preuve de ma mauvaise foi. Eh oui, petit papillon naïf, égoïste et aveugle, avant c’était la préménopause, ensuite ça a été les traumas et les triggers, et maintenant c’est le TSA/TDAH. Mais mon lapin, ma vie est le cumul de tout ça, et c’est magnifique qu’aujourd’hui tu puisses faire ce procès à une femme qui se tient debout, qui sourit en se réveillant le matin, qui avance dans l’existence en continuant à aimer, à prendre soin des autres, à croire au bonheur, bref tu parles à une femme qui ne t’aime finalement pas si mal que ça.
Ce que vous appelez des excuses ne sont pas des alibis, ce sont des variables
Les périodes de transition reproductive entraînent des fluctuations hormonales qui affectent profondément l’humeur et les capacités de régulation. Les traumatismes provoquent notamment une hyperactivation, des réactions défensives, une expression mal régulée de la colère, de l’évitement, et la liste est longue.
Quant aux troubles neurodéveloppementaux comme le TSA et le TDAH, quand ils existent, ils sont présents depuis la naissance, donc ils ne constituent évidemment pas une explication apparue opportunément au moment du diagnostic ; ce qui change, c’est la connaissance de la variable, pas son existence. Ses manifestations, elles, ont toujours été là. Masquées, partiellement compensées, et souvent mal imputées, mais elles étaient là.
Expliquer notre comportement ne revient donc ni à le nier ni à exiger que l’autre le tolère et le normalise. C’est là qu’il est crucial de distinguer responsabilité et causalité. On peut très bien dire simultanément : “Oui, j’ai fait ça. oui, ça t’a fait du mal. Oui, j’en suis responsable. Et oui, je sais pourquoi ça s’est produit”. Il n’y a aucune contradiction là-dedans.
Et surtout, c’est cette compréhension qui permet de mieux réguler les comportements à venir. Refuser le droit de s’expliquer à une femme qui, bien que polytraumatisée et survivante de violences conjugales, a encore la bienveillance de donner des explications après avoir totalement admis ses défaillances, et l’accuser de se chercher des excuses et de vouloir normaliser ses mauvais comportements, cela revient presque à exiger une responsabilité sans compréhension, et surtout, c’est ce genre d’attitude de merde qui nous pousse finalement à ne jamais oser la libérer, notre parole.
Vous voyez le comportement défaillant. Vous ne voyez pas tout le travail qui a empêché mille autres défaillances
Parce qu’un proche, un ami, un enfant devenu adulte, un flic ou un avocat peuvent nous regarder et comptabiliser les moments où nous nous sommes mises en colère, où nous avons été submergées, où nous n’avons pas réagi comme nous l’aurions dû.
Ce qu’ils ne peuvent pas comptabiliser, ce sont toutes les fois où nous avons réussi, où nous avons gagné contre l’effondrement. Alors que peut-être, nous effondrer nous aurait un peu soulagées. Mais nous sommes restées debout. Nous vous avons fait passer avant nous, avant notre guérison, avant notre repos, par souci de justice, par amour et par dévouement, parce qu’avoir été battues, violées, humiliées, niées et démolies a détruit notre estime de nous-mêmes pendant de trop longues années, mais cela n’a jamais entamé notre amour pour nos proches, nos enfants, et notre farouche volonté de préserver ceux que nous aimons. Y compris quand les préserver, imparfaitement sans doute, nous a coûté plus que nos réserves disponibles.
Vous voyez nos échecs parce qu’ils sont visibles. Vous ne voyez pas nos victoires, parce que pour vous, elles ressemblent à une journée normale.
Et se comporter normalement, cela peut ressembler au niveau zéro de l’exigence. Mais quand on cumule traumatismes, TDAH, TSA, épuisement et fluctuations hormonales, ce niveau zéro exige un travail titanesque, que nous avons eu la force de rendre invisible.
Vous avez pu vous permettre de ne pas savoir
Cette injustice-là est une violence qui s’ajoute aux violences, car notre amour inconditionnel et notre dévouement produit un retournement assez cruel.
Si nos proches, nos parents, nos amis et nos enfants adultes peuvent avoir cette morgue, cette certitude qu’ils savent tout de nous et sont en position de dresser de nous un portrait qu’ils croient fidèle, c’est aussi parce qu’une grande partie de notre travail a porté ses fruits. Et là je pense principalement à nos enfants qui, en toute inconscience, du moins je l’espère, peuvent être nos pires juges. De nombreux échanges avec d’autres victimes de violences conjugales au cours des sept dernières années m’ont permis de constater que c’est assez fréquent, et ce n’est pas un hasard.
Ces enfants-là, qui en viennent parfois à nous décrire avec une arrogance impressionnante, ont de fait grandi avec quelque chose que leur mère n’a peut-être jamais eu : la certitude d’être aimés. Ils ont probablement souffert aussi, car les violences conjugales infligées à la mère font des enfants des victimes par vicariance, et la meilleure mère au monde, submergée par les violences subies, ne sera peut-être pas en mesure de protéger ses enfants comme elle le voudrait, et d’agir totalement comme elle le devrait. Mais ils savent qu’ils sont aimés d’elle. Ils savent qu’ils peuvent être en colère contre elle et qu’ils peuvent lui reprocher des tas de choses. Ils savent qu’ils peuvent s’éloigner. Ils savent même qu’ils peuvent être injustes.
Parce que tout au fond d’eux, ils savent que l’amour de leur mère pour eux survivra au conflit.
Cette certitude-là, elle ne tombe pas du ciel. C’est aussi quelque chose que les mères construisent, et c’est un édifice superbe, une œuvre magistrale, surtout quand elles sont en train de crever à petit feu ou de survivre laborieusement.
Ça ne rend évidemment pas les reproches illégitimes par principe. Mais il existe une différence fondamentale entre formuler des reproches légitimes et se placer en surplomb de toute l’existence de sa mère pour lui expliquer qui elle est, comment elle fonctionne et pourquoi elle fonctionne comme ça, alors qu’on n’a même pas conscience de ne pas si bien la connaître que ça, et d’ignorer ce qu’elle a vraiment traversé et ce qu’elle a fait pour qu’on n’ait pas à le traverser avec elle, ou le moins possible.
Vous regardez les quelques endroits où le barrage a cédé. Vous n’avez aucune idée de la quantité d’eau qu’il retenait
Vous ne mesurez absolument pas ce à quoi nous avons survécu. Alors vous tous, les proches, les pouvoirs publics, la société, les flics, les avocats de nos ex, les psys et plus globalement les commentateurs de nos vies, maintenant que vous m’avez expliqué qui je suis selon vous, ce que j’aurais dû mieux gérer, comment j’aurais du parler, à quel rythme et sur quel ton, parlons deux minutes de ce que je suis parvenue à éviter.
Déjà, je suis en vie pour que vous puissiez me juger. Vous en avez de la chance d’avoir une femme aussi géniale que moi face à vous, solidement plantée dans ses godasses, pour que vous puissiez lui déverser vos sentences à l’emporte-pièce et vos mesquines analyses de ses manquements et de ses motivations.
Ensuite, vous auriez pu avoir à payer un prix bien plus élevé pour avoir ce privilège de me juger. Par exemple, vous auriez pu avoir à me ramasser en plein coma éthylique. Vous auriez pu devoir supporter et co-gérer mes addictions si j’y avais cédé. Vous auriez pu avoir à gérer une incapacité à travailler, à gagner ma vie. Vous auriez pu être obligés d’assumer tout le quotidien à ma place. Vous auriez pu avoir à composer avec une dépression sévère. Voire des tentatives de suicide.
Et vous savez quoi ? Si tout cela était arrivé, j’aurais encore mérité tout le soutien du monde, parce que ce n’est pas seulement mon courage et ma force qui m’ont évité tout cela, et qui vous ont évité à vous de devoir le gérer avec moi. C’est beaucoup de chance saupoudrée sur tout le travail que j’ai fourni.
D’autres que moi ont travaillé aussi dur pour s’en sortir ; elles étaient aussi méritantes, aussi bonnes et aussi merveilleuses, et elles ont sombré. Elles n’ont pas pu se relever des violences subies, et je sais que la société et leur entourage ne sont pas étrangers à leur naufrage. Elles ont tout mon amour, tout mon soutien.
D’autres encore sont mortes, et je ne pense pas seulement aux féminicides, mais aussi aux suicides forcés. Et chaque fois que la radio accrochée dans ma cuisine diffuse l’information d’un nouveau féminicide, la réactivation traumatique est immédiate. Et je ne suis pas la seule, apparemment.
Parce qu’en fait, la survie n’est pas l’issue universelle des violences conjugales. Et le fait d’y avoir survécu et de m’en être sortie n’en fait pas une archive historique inactivée, reléguée dans un tiroir poussiéreux de mon cerveau.
Survivre ne confère pas l’impunité. Mais cela mérite le respect
Je n’exige pas d’immunité morale. Avoir été victime de violences conjugales ne me dispense pas de répondre de mes actes. En revanche, je n’accorde à personne, sous prétexte que j’ai commis des erreurs, le droit de me prêter ouvertement des intentions que je n’ai jamais eues, et encore moins de me mépriser, de me juger et de me malmener sans vergogne.
Alors à tous les proches de victimes, et aux moins proches qui penseraient avoir un droit de regard sur notre façon de survivre, allez bien vous faire foutre. Mes défaillances vous ont fait du mal ? C’est recevable. Vous voulez prendre de la distance ? Parfaitement légitime. Je gère mal mes relations ? Verdict sur ma personne, c’est non. Vous pensez que je me trouve des excuses ? Disqualification de ma parole, c’est non. La condescendance et le dénigrement pour justifier tout et n’importe quoi, c’est non.
Si vous, les pouvoirs publics, ne souhaitez pas épauler vraiment les victimes de violences conjugales, taisez-vous et surtout ne nous promettez rien. Nous ne sommes pas votre grande cause, nous nous remettrons de cela aussi. Si vous, nos proches, ne souhaitez pas nous avoir dans votre vie, partez. Et revenez un jour si vous le souhaitez.
Mais vous n’avez pas besoin de démontrer abusivement que nous sommes de mauvaises victimes, voire de mauvaises personnes, pour avoir le droit de nous abandonner à notre sort politique, ou de quitter la relation personnelle que vous aviez avec nous. Partez devant et faites-mieux que nous, on vous regarde.
On est des bêtes d’héroïnes, point barre
Ce qui permet parfois aux autres de nous traiter si mal est précisément l’une des séquelles de ce à quoi nous avons survécu.
On doute encore. On écoute. On espère. On cherche ce qu’on a fait de travers.
On fait l’effort de contextualiser les comportements des autres. On ne se cherche pas d’excuses, mais on est souvent prête à en trouver à ceux qui nous jugent.
On se demande si notre colère est légitime, qu’elle soit politique ou privée (et encore et toujours, le privé est politique).
On essaie d’être empathique. On laisse passer la troisième phrase. Puis la quatrième. Puis la dixième. Qu’on l’entende à la radio ou dans notre salon.
Et pendant que vous croyez que mes traumas, mon TSA, mon TDAH et mes difficultés de régulation constituent la liste de mes excuses, ou me disqualifient en tant que victime, en tant que femme, en tant que mère et en tant que militante, vous oubliez que mes traumas, mon TSA et mon TDAH sont aussi les raisons pour lesquelles, des années après la fin des violences, je reste là à encaisser des réquisitoires, à vous servir de punching ball pour vous conforter dans vos certitudes, au lieu de vous envoyer chier à la troisième phrase inepte qui sort de votre bouche.
Une héroïne n’est pas forcément une femme qui émerge intacte des épreuves qu’elle a subies. Elle peut être cabossée, défaillante, en colère, dérégulée et souvent incapable de délivrer exactement la même vérité à 25 ans, 35 ou 50, ou la même avant-hier qu’il y a deux ans.
Son exploit n’est pas d’être sortie des violences conjugales en étant devenue une femme parfaitement régulée, disponible, constante, productive et agréable.
Son exploit, c’est d’en être sortie. Puis d’avoir recommencé à vivre.

